BOGOTA (AFP) -  Il est devenu dimanche le plus jeune président

Ivan Duque, le champion du retour de la droite dure en Colombie

BOGOTA (AFP) - 
Il est devenu dimanche le plus jeune président de l`histoire de la Colombie moderne. Mais Ivan Duque, 41 ans, apparaît surtout comme le dauphin de l`ex-président Alvaro Uribe et rend ainsi le pouvoir à la droite conservatrice opposée à l`accord de paix avec l`ex-guérilla Farc.

Candidat du Centre démocratique (CD), il l`a emporté avec 54,07% des voix contre 41,72% à Gustavo Petro, 58 ans, du mouvement Colombie Humaine, premier candidat de gauche à parvenir aussi loin dans une course présidentielle.

Affable, tout en rondeurs, ce récent sénateur était arrivé en tête du premier tour le 27 mai devant l`ancien maire de Bogota et ex-guérillero du M-19 dissout, mais sans dépasser les 50% qui lui auraient permis de l`emporter d`entrée de jeu comme son mentor par le passé.

Il succédera malgré tout au président sortant de centre-droit Juan Manuel Santos le 7 août, quelques jours après son 42e anniversaire.

Avocat diplômé en économie, Duque représente cette moitié de la Colombie "indignée" par les "concessions" à l`ex-rébellion des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), en échange de sa reconversion à la politique après plus de 50 ans de guerre. Il a promis d`effectuer des "modifications structurelles" à l`accord de 2016 qui a permis le désarmement de 7.000 guérilleros.

Nous voulons que "ceux qui ont commis des crimes contre l`Humanité reçoivent des sanctions proportionnelles, incompatibles avec la représentation politique", a-t-il dit à l`AFP.

Le pacte prévoit des peines alternatives à la prison pour les ex-chefs guérilleros s`ils avouent leurs crimes et dédommagent les victimes d`un conflit qui a impliqué guérillas, paramilitaires d`extrême droite et forces armées, faisant au total plus de huit millions de morts, disparus et déplacés.

- Marionnette d`Uribe? -

Duque, qui qualifie le président vénézuélien Nicolas Maduro de "dictateur" et "génocidaire", est aussi le porte-parole des Colombiens qui craignent que le pays suive la pente du voisin en faillite.

Il est surtout la preuve que les idées du controversé mais populaire Uribe - secteur privé, valeurs traditionnelles et main de fer contre les guérillas - font toujours recette huit ans après son départ de la présidence.

Au sein de son parti, le Centre démocratique (CD), certains affirment que Duque doit tout à son mentor; l`opposition lui reproche d`en être la "marionnette", ce dont il s`est défendu à de multiples reprises.

"Personne encore ne sait s`il a des critères propres ou s`il va obéir aux ordres", selon l`analyste Fabian Acuña, professeur de l`Université Javeriana.

Son premier mandat ne date que de quatre ans, comme sénateur. Mais "il a la politique dans le sang depuis tout gosse", dit José Obdulio Gaviria, un des idéologues de l`uribisme.

Né à Bogota le 1er août 1976, il a appris de son père, Ivan Duque Escobar, un libéral à la longue carrière. Mais c`est Juan Manuel Santos, alors ministre, qui l`a initié dans les années 1990 comme conseiller aux Finances. Puis il a travaillé près de treize ans à la Banque interaméricaine de développement (BID). Aujourd`hui, c`est un opposant au président sortant.

"Il est très dynamique dans ses relations publiques, très habile", a déclaré à l`AFP une source qui a travaillé avec lui à la BID.

- "Un bon petit gars" -

Aux États-Unis, il rencontre Uribe qui l`inclut dans sa liste pour le Sénat aux législatives de 2014.

"Ivan est très intelligent et je suis sûr qu`il a devant lui un avenir brillant", a écrit Uribe dans son livre "No hay causa perdida" (Il n`y a pas de cause perdue, 2012).

Ses collègues du Congrès saluent son sens des responsabilités. En quatre ans, il a promu quatre lois dont la plus notable concerne la liberté d`entreprise et l`économie de l`innovation.

Mais "un président doit avoir expérience, autonomie, capacité politique propre, tout ce dont manque Ivan, qui est, comme tout le monde l`admet, un bon petit gars", ajoute Roy Barreras, sénateur de la majorité présidentielle.

Son image joviale, la plupart du temps sans cravate et en jean, contraste avec ses idées conservatrices: il est contre le mariage homosexuel, l`euthanasie et la dépénalisation de la drogue. Des secteurs de l`ultra-droite et des évangéliques l`appuient.

Marié et père de trois enfants, c`est un mélomane qui, plus jeune, jouait de la basse et chantait dans un groupe rock. Aujourd`hui, il taquine encore la guitare et aime danser la salsa. Enfant, il rêvait d`être footballeur.

Magicien à ses heures, l`un de ses tours les plus réussis serait d`être le plus jeune chef de l?État colombien, après le libéral Eustorgio Salgar (1870-1872) qui avait 39 ans.
Par Rodrigo ALMONACID

Source: france24.com