Un témoin de la poursuite au procès pour fraude et

Procès Accurso: un témoin admet avoir menti à la commission Charbonneau


Un témoin de la poursuite au procès pour fraude et corruption de Tony Accurso a admis vendredi matin avoir menti à un procureur de la commission Charbonneau sous les conseils de ses avocats en 2012. «Peut-être que j`ai eu une omission, j`ai peut-être été influencé par les procureurs», a concédé Mario Desrochers en contre-interrogatoire.

L`ex-directeur de l`entreprise d`asphaltage Sintra de 2000 à 2005 a reçu en octobre 2012 une demande de production de documents de la part de Me Claude Chartrand, procureur en chef par intérim de la commission. Il n`a finalement jamais été appelé à témoigner. Notons que le jury ignore sur quoi portait la commission présidée par la juge France Charbonneau.

Dans ce document, Mario Desrochers a déclaré au procureur ne pas connaître le nom des collecteurs de fonds de l`ancien maire de Laval Gilles Vaillancourt. Or, a-t-il fini par admettre dans un contre-interrogatoire serré, il a en fait omis d`écrire les noms de Marc Gendron et Roger Desbois, d`après les conseils des avocats de Sintra.

«Ils m`ont dit d`attendre avant de nommer des noms. Si [la Commission] m`était revenu pour avoir d`autres informations, ça serait sorti. [...] Si [le procureur] avait voulu aller plus loin, j`aurais été convoqué à la commission Charbonneau», s`est expliqué Mario Desrochers. Il se défend toutefois d`avoir menti en indiquant à la commission qu`il ignorait les montants remis aux collecteurs et les dates de ces paiements. 

«Vous ne vouliez pas y aller [à la commission Charbonneau], alors vous avez dit un paquet de mensonges? Est-ce que c`est ça la réalité?», a lancé au témoin Me Marc Labelle, l`avocat de Tony Accurso. «Du tout! Ah! Il y en a en masse qui y sont passés. Il s`est dit toute sorte de choses, j`aurais été capable de faire pareil», a rétorqué Mario Desrochers.

Les nombreux entrepreneurs qui prenaient part au système de collusion à Laval devaient remettre à Marc Gendron ou à Roger Desbois une ristourne de 2% sur la valeur des contrats publics truqués pour le compte de l`administration Vaillancourt, ont témoigné Mario Desrochers et le premier témoin de la poursuite, Gilles Théberge, un ex-dirigeant de Sintra.

Hier, le jury a appris que Mario Desrochers avait plaidé coupable à des accusations de vol et de corruption l`été dernier. L`homme de 61 ans purge toujours une peine d`emprisonnement d`un an dans la collectivité. Il n`est toutefois pas un témoin collaborateur, comme Gilles Théberge qui a obtenu l`immunité de l`État pour son témoignage.

Encore ce matin, Mario Desrochers a martelé que sa conjointe de longue date, contrôleuse chez Sintra, n`a jamais été au courant de la ristourne de 2%, même si elle était une des signataires de l`entreprise. Le témoin a nié avoir échangé son témoignage aux policiers pour protéger sa conjointe d`éventuelles accusations.

Tony Accurso, de son vrai nom Antonio Accurso, fait face à cinq chefs d`accusation de complot, de fraude de plus de 5000 $, d`abus de confiance par un fonctionnaire public et d`actes de corruption dans les affaires municipales.

L`homme de 66 aurait comploté avec une soixantaine de personnes, dont l`ex-maire de Laval Gilles Vaillancourt, pour commettre des actes de corruption dans les affaires municipales et pour commettre des fraudes. Ses crimes se seraient produits entre le 1er janvier 1996 et le 30 septembre 2010 à Laval.

La thèse de la Couronne est que la corruption et la collusion étaient «endémiques» à Laval sous le règne du maire Gilles Vaillancourt, et que Tony Accurso y a participé activement, au détriment des contribuables.

«Nous établirons que cet immense système frauduleux bien rodé auquel a participé directement et indirectement l`accusé Accurso au profit de ses entreprises était dirigé et contrôlé par l`administration municipale de Laval», a affirmé vendredi dernier le procureur de la Couronne, Me Richard Rougeau, dans son exposé introductif.

Source: lapresse.ca