SAINT-PÉTERSBOURG (AFP) -  Si Emmanuel Macron a appelé les entreprises françaises

Pour faire mieux en Russie, les entreprises françaises réclament de la stabilité

SAINT-PÉTERSBOURG (AFP) - 
Si Emmanuel Macron a appelé les entreprises françaises à investir davantage en Russie, les patrons demandent d`abord de la stabilité politique et l`appui des pouvoirs publics pour surmonter un contexte de vives tensions qui complique leurs affaires.

Quatre ans de sanctions liées à la crise ukrainienne et d`embargo russe sur les produits alimentaires français ont plombé les échanges commerciaux entre les deux pays, même s`ils remontent la pente.

Et les crises régulières entre Moscou et les Occidentaux - sur la Syrie, les accusations d`ingérence dans les élections ou encore l`empoisonnement de l`ex-espion Sergueï Skripal en Angleterre - placent les entreprises en position délicate pour renforcer les liens noués à coups d`investissements massifs depuis la chute de l`URSS dans un marché de 140 millions d`habitants prometteur.

Les quelque 500 entreprises françaises présentes en Russie emploient près de 170.000 salariés, notamment dans les secteurs de l`énergie, de l`industrie et des finances.

"Mais nous pouvons faire beaucoup mieux", a martelé Emmanuel Macron en visitant vendredi le Forum économique de Saint-Pétersbourg, principal rendez-vous des affaires russes où se retrouvent chaque année oligarques, ministres, élus locaux et investisseurs étrangers sous le patronage du Kremlin.

Il "faut ouvrir de manière plus volontariste de nouvelles voies comme l`agroalimentaire, le spatial, les villes durables, les services énergétiques et le numérique", a-t-il ajouté, en appelant les start-up et les PME à s`implanter en Russie.

Se félicitant de la croissance des échanges bilatéraux, qui ont augmenté de 16,5% en 2017 à 15,5 milliards de dollars, il a cependant fait remarquer qu`ils étaient nettement inférieurs à ceux avec la Chine, le premier partenaire de Moscou, qui se sont élevés à 85 milliards de dollars et devraient atteindre 100 milliards prochainement.

- "Encourager plutôt que contraindre" -

Mais pour les entrepreneurs français, c`est la stabilité qui est nécessaire afin de poursuivre et approfondir les échanges économiques.

"Le business a besoin d`un environnement stable. Plus c`est prédictible, plus c`est stable et mieux on se porte pour faire du business", a déclaré le représentant du patronat français, Pierre Gattaz, à l`AFP, affirmant que les milieux d`affaires demandent "qu`on nous offre un terrain de jeux qui soit beaucoup plus stabilisé sur le plan politique que celui qui existe aujourd`hui".

"Il y a des besoins énormes en Russie et nous pouvons apporter des solutions, des équipements, des services, des systèmes au marché russe et à nos partenaires russes", a-t-il ajouté.

Face aux deux présidents et devant un parterre de grands patrons des deux pays, il a plaidé pour "un fort soutien politique qui se traduise par des législations visant à encourager ces investissements plutôt qu`à les contraindre".

Les patrons français et Emmanuel Macron ont souligné la constance des entreprises françaises en Russie, malgré les tensions mais aussi la crise traversée par l`économie russe en 2015-2016 à cause des sanctions mais aussi de l`effondrement des prix du pétrole, marquée par une chute du pouvoir d`achat des ménages.

Parmi la cinquantaine d`accords et de contrats signés au cours de la visite, le plus important est l`annonce par Total d`un investissement de 2,5 milliards de dollars pour la prise de participation de 10% dans un nouveau projet géant de gaz naturel liquéfié dans l`Arctique russe de Novatek.

"Ces énormes investissements dans le secteur de l`énergie sont conçus pour des durées de production dépassant 40 ans, ils nécessitent de la stabilité et de la visibilité", a réclamé Patrick Pouyanné, PDG de Total, déplorant la montée des tensions internationales.

M. Pouyanné a demandé à Vladimir Poutine "une réforme audacieuse" qui permettrait à la co-entreprise liant Total et Novatek d`exporter du gaz russe vers l`Europe, un privilège défendu bec et ongles ces dernières années par le groupe public Gazprom.
Par Jérôme RIVET, Andrea PALASCIANO

Source: france24.com